Après plusieurs recherches de sécurité, l’open source revient au centre des discussions sur les crypto-wallets
L’open source est souvent présenté comme un moyen d’améliorer la transparence des technologies numériques. Dans l’univers des crypto-actifs, cette philosophie prend une dimension particulière : lorsqu’un hardware wallet protège des clés privées, pouvoir examiner une partie de son code peut permettre à des chercheurs indépendants de mieux comprendre et tester son fonctionnement.
En 2026, plusieurs travaux de recherche en sécurité sont toutefois venus apporter une nuance importante à cette idée.
En juin, les chercheurs de Ledger Donjon ont publié une analyse consacrée au TROPIC01, un secure element développé par Tropic Square dont le design matériel et le firmware sont publiquement accessibles. Leur objectif était notamment de tester ce que l’ouverture du code permet réellement lorsqu’un composant de sécurité est soumis à une attaque matérielle avancée.
Quelques semaines plus tard, une autre étude de Ledger Donjon portant sur les cartes Tangem a montré qu’un composant sécurisé certifié EAL6+ pouvait lui aussi être soumis à une attaque sophistiquée par injection de faute laser.
Ces recherches ne conduisent pas toutes à la même conclusion. Elles soulèvent plutôt une question devenue centrale pour l’industrie : la transparence du code peut-elle rendre un hardware wallet plus sûr, même lorsqu’elle permet aussi aux chercheurs de découvrir ses faiblesses ?
Le cas TROPIC01 : quand l’open source rencontre l’analyse de sécurité
Le TROPIC01 se distingue par une approche relativement inhabituelle dans le secteur des secure elements.
Selon Ledger Donjon, son design matériel RTL et son firmware sont publiquement disponibles. Cette transparence permet à des chercheurs externes d’étudier le fonctionnement du composant et de tenter d’identifier d’éventuelles vulnérabilités.
C’est précisément ce que les chercheurs ont fait.
Dans une analyse publiée le 3 juin 2026, Ledger Donjon explique avoir utilisé une technique d’injection de faute laser pour contourner la vérification de signatures Ed25519 du TROPIC01. L’attaque permettait d’obtenir une exécution arbitraire du firmware dans certaines conditions expérimentales.
Le résultat est particulièrement intéressant pour l’industrie des crypto-actifs.
Un composant open source n’est donc pas présenté comme un composant impossible à attaquer. Au contraire, son ouverture donne aux chercheurs davantage de matière pour tester ses mécanismes de défense.
Mais l’étude montre également un autre élément important : malgré l’exécution de code obtenue pendant l’expérience, le stockage matériel des secrets du TROPIC01 s’est montré beaucoup plus résistant aux tentatives d’exploitation ultérieures.
L’open source n’a donc pas empêché la découverte d’une faiblesse. Il a surtout permis une analyse plus transparente de la résistance réelle du composant.
L’open source gagne du terrain dans la cybersécurité française
Cette question dépasse largement le marché des hardware wallets.
En France, l’ANSSI considère désormais l’open source comme un élément important de la maîtrise des solutions numériques, de la sécurisation des chaînes logicielles et de la résilience des systèmes d’information.
L’agence a officiellement mis à jour sa politique open source le 9 février 2026.
Cette politique repose notamment sur quatre axes : publier certains logiciels sous licences libres, contribuer à des projets existants, renforcer l’écosystème open source et utiliser des solutions open source au sein de l’ANSSI.
Pour l’agence française, l’un des principaux intérêts de l’open source réside dans la possibilité d’examiner le code, de favoriser les évaluations par les pairs et de mieux maîtriser certaines dépendances technologiques.
Cette approche est particulièrement pertinente dans la cybersécurité, où la visibilité sur les composants logiciels peut faciliter l’identification et la correction des vulnérabilités.
Une vulnérabilité découverte n’est pas nécessairement un échec
L’un des paradoxes de l’open source apparaît ici.
Plus un composant est ouvert, plus il peut être examiné.
Cela signifie qu’un chercheur peut découvrir une faiblesse plus facilement qu’avec un système entièrement fermé. Mais cela signifie également que la vulnérabilité peut être documentée, discutée et corrigée publiquement.
L’ANSSI souligne justement l’intérêt des évaluations de sécurité des logiciels open source. Depuis 2017, l’agence finance des évaluations portant sur certains logiciels libres afin d’améliorer la sécurité de composants largement utilisés.
L’agence explique également que les vulnérabilités découvertes sont signalées aux mainteneurs afin de faciliter leur correction.
Cette logique rejoint celle observée dans les recherches sur les secure elements : la découverte d’une faille ne signifie pas nécessairement que la technologie est inutile. Elle peut constituer une étape du processus de sécurisation.
Le précédent Tangem remet aussi EAL6+ dans le débat
Le débat sur la transparence intervient alors qu’une autre recherche de Ledger Donjon a attiré l’attention sur les limites possibles des certifications de sécurité.
En juillet 2026, les chercheurs ont publié une étude sur les cartes Tangem. Ils ont démontré une attaque par injection de faute laser permettant, dans certaines conditions, de réinitialiser le mot de passe d’une carte ayant recours à un secure element Samsung certifié EAL6+.
L’expérience nécessitait toutefois un accès physique à la carte, du matériel de laboratoire spécialisé et une expertise avancée en sécurité matérielle. Ledger Donjon estime le coût de son installation expérimentale à environ 250 000 dollars.
Cette précision est essentielle.
Il ne s’agit pas d’un scénario comparable à un phishing envoyé à des milliers d’utilisateurs ou à un malware installé à distance.
Mais la recherche démontre un principe important : une certification élevée ne suffit pas à elle seule à garantir qu’un système ne possède aucune faiblesse exploitable.
Open source ne veut pas dire « sécurisé par défaut »
Pour les utilisateurs de crypto-actifs, il serait donc dangereux de transformer l’open source en simple argument marketing.
Un hardware wallet peut publier une partie importante de son code sans que chaque composant matériel ou logiciel soit nécessairement ouvert.
L’architecture doit être étudiée dans son ensemble :
- firmware ;
- applications ;
- secure element ;
- génération et stockage des clés ;
- mécanismes de mise à jour ;
- vérification des transactions ;
- protection contre les attaques physiques ;
- audits indépendants ;
- processus de correction des vulnérabilités.
Le cas Tangem illustre précisément cette distinction. Ledger Donjon indique que l’application mobile Tangem est open source, alors que le firmware de sécurité exécuté sur le secure element reste fermé.
L’expression « open source » ne décrit donc pas nécessairement l’intégralité d’un hardware wallet.
La transparence devient-elle un nouveau critère de choix ?
Pour les utilisateurs français qui cherchent à sécuriser leurs crypto-actifs, la question pourrait progressivement évoluer.
Il ne s’agit plus seulement de demander :
« Ce wallet possède-t-il une certification de sécurité ? »
Il devient également pertinent de demander :
« Quelle partie de son architecture puis-je réellement vérifier ? »
Cette distinction peut être importante pour les utilisateurs qui souhaitent conserver du Bitcoin, de l’Ethereum ou des stablecoins pendant plusieurs années.
La transparence du code ne remplace évidemment pas les audits, les certifications ou une architecture matérielle correctement conçue.
Elle peut toutefois donner aux chercheurs et à la communauté davantage de possibilités pour examiner les mécanismes utilisés.
Les hardware wallets évoluent vers une sécurité multicouche
L’industrie semble ainsi se diriger vers une approche dans laquelle plusieurs protections doivent fonctionner simultanément.
Un secure element peut protéger les clés privées.
Une architecture open source peut améliorer la visibilité sur certains composants.
Des audits indépendants peuvent identifier des vulnérabilités.
Des mécanismes de vérification peuvent empêcher certaines modifications non autorisées.
Et une bonne gestion des clés de récupération reste indispensable pour l’utilisateur.
Cette approche multicouche devient particulièrement importante à mesure que les crypto-actifs sont utilisés au-delà du simple investissement.
Les stablecoins, notamment USDT et USDC, sont désormais utilisés dans différents contextes de paiement et de transfert. Plus les actifs numériques prennent une place concrète dans les activités financières, plus la sécurité des outils permettant de les contrôler devient stratégique.
Que vérifier avant de choisir un hardware wallet ?
Pour les utilisateurs qui souhaitent comparer plusieurs appareils, quelques critères peuvent être particulièrement utiles :
1. Le niveau d’ouverture du logiciel
Un fabricant publie-t-il le firmware, les applications ou seulement certaines bibliothèques ?
2. Les audits indépendants
Des chercheurs externes ont-ils réellement analysé le produit ?
3. La gestion des vulnérabilités
Le fabricant dispose-t-il d’un processus clair pour recevoir et corriger les failles ?
4. Les composants matériels
Quel secure element est utilisé et quelles certifications possède-t-il ?
5. Les mises à jour
L’appareil peut-il recevoir des corrections lorsque des vulnérabilités sont découvertes ?
6. La protection des clés
Comment les clés privées sont-elles générées, stockées et utilisées lors de la signature d’une transaction ?
Ces questions sont souvent plus révélatrices qu’un simple slogan de sécurité.
Des solutions hardware à comparer
Pour les utilisateurs qui souhaitent explorer différentes architectures de hardware wallets, OneKey met notamment en avant une approche open source pour ses logiciels et son firmware, ainsi que l’utilisation d’une puce de sécurité EAL6+ sur certains modèles. Les informations techniques doivent naturellement être vérifiées sur la documentation officielle avant tout achat.
Découvrir OneKey — jusqu’à 5 USDT de cashback
ELLIPAL constitue également une autre solution hardware à comparer pour les utilisateurs qui recherchent un dispositif dédié au stockage de leurs crypto-actifs.
Pour les utilisateurs qui gèrent parallèlement des paiements internationaux, Kolan peut également être étudié pour ses solutions de comptes en devises et de gestion de flux internationaux.
Enfin, pour les paiements du quotidien utilisant des crypto-actifs, MyPal Crypto Card propose une autre approche à découvrir.
L’open source pourrait devenir un argument de sécurité, mais pas une garantie
Les recherches publiées en 2026 montrent finalement que le débat ne devrait pas opposer simplement les technologies open source aux solutions propriétaires.
Un système ouvert peut être examiné plus facilement. Cela peut conduire à la découverte de vulnérabilités qui seraient restées invisibles dans un environnement fermé.
Mais l’ouverture ne rend pas automatiquement un appareil sécurisé.
L’exemple du TROPIC01 montre qu’un composant open source peut être soumis à des attaques matérielles avancées tout en conservant des mécanismes de protection importants.
L’exemple de Tangem montre parallèlement qu’une puce certifiée EAL6+ peut elle aussi présenter une faiblesse lorsque la logique du firmware comporte une condition exploitable.
Pour les utilisateurs français, la conclusion est donc moins spectaculaire mais probablement plus utile : la sécurité d’un hardware wallet ne dépend ni d’un seul certificat, ni du seul caractère open source de son logiciel.
Elle dépend de la combinaison entre architecture, transparence, audits, composants matériels, mises à jour et pratiques de l’utilisateur.
À mesure que les crypto-actifs prennent une place plus importante dans l’économie numérique, cette approche multicouche pourrait devenir l’un des critères les plus importants pour évaluer la prochaine génération de hardware wallets.
Disclosure : Cet article contient des liens d’affiliation. Une commission peut être perçue en cas d’achat ou d’inscription via certains liens, sans coût supplémentaire pour l’utilisateur. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil financier.
Laisser un commentaire